Alien kin

“Tous les vivants, en fait, sont pour nous des aliens familiers, au sens de l’ancien français où “familier” signifie qu’ils font partie de la famille élargie, mais leur altérité est à certains égards incompressible, comme des civilisations d’une autre planète. Lorsqu’on va dans les parages de l’animal, émerge parfois l’impression que l’on peut avoir un accès à l’étrangeté d’une autre manière d’être vivant que la nôtre, celle d’un loup par exemple, sans pour autant réduire cette étrangeté. C’est ce que j’appelle, conceptuellement, le motif de la “parenté alienne” ou “alien kin”. C’est une manière d’essayer de formuler cette impression: les animaux autres que moi font partie de la famille mais, simultanément, ce sont des extraterrestres. J’ai conscience de mobiliser ici un imaginaire qui est celui de l’altérité la plus radicale, mais l’enjeu est de faire justice à leur manière différente d’exister. Et simultanément ils sont si “familiers”: j’entends par là notre “ascendance commune”- c’est la thèse indiscutable de Darwin dans L’Origine des espèces ; et ce sentiment d’évidence que nous donnent les autres animaux. devant un autre vivant, il faut tenir ensemble que ce parent est un alien. C’est un paradoxe quotidien qu’on peut vivre, plutôt qu’un problème à résoudre.”

Baptiste Morizot, Manières d’être vivant

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